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Stardate : 65096.65

=/\= USS Galilée, Bureau du capitaine =/\=

        Droite comme un piquet, les mains dans le dos, la CMO du Galilée se tenait devant son patron qui lui accordait finalement un moment pour sa requête 'personnelle'. La jeune femme était tendue et avait semblé momentanément hésitante lorsqu'elle était entrée dans la pièce. Maintenant, une féroce détermination brillait dans son regard. En bon ancien conseiller, le Vulcain analysait le langage corporel de la docteur : celle-ci semblait en conflit avec elle-même et il comptait bien apprendre pourquoi.

SOLAK : Vous pouvez parler, docteur.

        Mika serra momentanément les mâchoires et réprima un plissement des paupières. Elle était en colère. Bien qu'il fut Vulcain, le commandant du Galilée sentait qu'il y avait plus. Comme à son habitude, la mi-Brekkianne alla droit au but.

NAZDAK : Sir, j'ai besoin de votre aide.

        Elle s'interrompit, semblant chercher ou soupeser ses mots. Aucune réaction de la part du patron qui attendait patiemment la suite, confortablement assis dans son fauteuil.

NAZDAK : Vous êtes le seul en qui j'ai confiance pour ce dont j'ai besoin. Vous devez faire le mind meld.

        Le sujet avait déjà été brièvement abordé et Solak avait d'abord refusé. Il avait fait cela pour plusieurs raisons qu'il n'avait alors pas énuméré ni détaillé, car la situation ne s'y prêtait pas à ce moment-là.

        L'idée était alors que si le vulcain tentait d'aider la mi-Brekkianne à stabiliser ses personnalités, il y avait des risques non négligeables que certaines d'entre elles 'meurent' ou fassent des dommages permanents et irrémédiables à la personnalité présentement fonctionnelle qui composait la CMO. Puisqu'il ne s'agissait pas de katras diamétralement différents que l'on pouvait extraire, et que les personnalités actuelles s'entre-mêlaient les unes aux autres, la prudence avait guidé la décision du commandant du Galilée qui avait rejeté la demande initiale.

SOLAK : Je croyais ma décision pourtant claire.

        Réagissant instantanément, Mika fit un pas en avant et reprit sa stature rigide, même si mal contenue.

NAZDAK : Je la sens, sir, de minute en minute, perdre des forces. Vous devez l'aider! Vous ne pouvez la laisser mourir!

        La personnalité actuelle de la CMO du Galilée avait été évalué être composée à environ 65% Nordik, 25% Galilée et 10% maquis. Normalement, plus le côté maquisard se voyait relégué une petite place, plus la portion Galilée aurait dû la prendre. Or, ce n'était pas le cas. La Nordikienne semblait toujours garder le dessus.

        C'était elle qui était en contrôle du corps, avec accès complet aux souvenirs, notions et émotions de la Mika originale et la maquisarde. Tenter de ré-équilibrer tout ça risquait de faire en sorte que les trois ne disparaissent totalement. La théorie se basait sur le fait que chacune d'entre elle tenait à la vie et que le conflit entre les trois causerait potentiellement la perdition des trois.

        Contrairement à la jeune femme devant lui, le Vulcain était parfaitement stoïque et analysait avec logique les éléments du dilemme. Lui sauver la vie pouvait aller jusqu'à l'empêcher de faire quelque chose.

SOLAK : Ma décision est prise.

NAZDAK : Mais, sir!! …

SOLAK : (l'interrompant toujours aussi calmement) Ma décision est prise, docteur.

        Mika fit un ultime pas vers le meuble qui séparait les deux officiers. Elle insista encore, têtue comme une mule. Sa posture, bien qu'encore droite, semblait fébrile.

NAZDAK : (sourdement) Vous devez revenir sur votre décision!!

SOLAK : Et pourquoi le ferais-je?

        Le calme olympien du commandant du navire eut raison de la dernière goutte de retenue que pouvait avoir la jeune femme. Elle donna un coup de poing retentissant sur le meuble massif et cria :

NAZDAK : PARCE QU'IL LE FAUT!!

        Yeux écarquillés, souffle court et rapide, pupilles légèrement dilatées, pulsations cardiaques accélérées, la jeune femme en tremblait presque. Elle resta ainsi, l'espace d'une interminable seconde, puis se redressa vivement, ayant oublié toute contenue apprise à l'Académie.

NAZDAK : Parce que vous le devez! Vous n'avez pas le choix! Il le faut! Elle ne le mérite pas! Elle ne mérite pas de mourir, pas comme ça!!

SOLAK : Et qu'en est-il de vous-même?

NAZDAK : AH! Ça, c'est une toute autre histoire!

        L'exclamation subite et tout à fait franche de la jeune femme était emplie d'un sarcasme acerbe.

        Le capitaine resta silencieux juste assez longtemps pour que la Bétazo-Brekkianne appuie ses deux mains à plat sur le pupitre en se penchant en avant. Son regard bleu cobalt était intense alors qu'elle lui révélait, sur un ton faussement bonace, une chose qui lui pesait sur le cœur depuis un moment.

NAZDAK : Moi, je venais tout juste de me suicider.

        La joute visuelle dura un moment, stoïcisme contre colère, douleur et amertume. Encore une fois, ce fut la docteur qui fléchit en premier. Réalisant ce qu'elle venait de dire, elle se redressa, serra ses bras autour de son corps et se mit à faire les cent pas.

NAZDAK : J'allais mourir. Je suis peut-être même morte, l'espace d'un moment. J'avais trouvé la solution infaillible d'où on ne pourrait me ramener. Le pourcentage de réussite était infiniment élevé. J'ai d'ailleurs potentiellement réussi sur plusieurs trames temporelles. Mais je ne peux pas accepter que 'celle-ci' soit entachée par... par... ma malédiction.

        Ce fut le mot qui fit tiquer l'ex-conseiller. La jeune femme, si pragmatique habituellement, serait superstitieuse finalement?

SOLAK : Malédiction?

        Mika cessa de marcher et se tourna vers lui, les bras toujours serrés autour de son propre torse. Elle parla d'un ton calme et résigné.

NAZDAK : Oui. Tous ceux que j'ai aimé ou qui se sont rapprochés de moi sont morts. Tous, sans exception. Elle... elle a une vie saine, un amour qui perdure depuis longtemps. Elle... elle a une chance!

        D'un mouvement vif mais nullement brutal, Mika fut de nouveau penchée sur le meuble du capitaine, ses yeux maintenant un peu écarquillés, presque apeurés. Sa voix n'était plus qu'un murmure.

NAZDAK : Sir, je vous en prie! Je vous en conjure... Vous êtes le seul que je connais de mon univers qui puisse avoir cette capacité. Même dans celui-ci, même si cet univers est différent, je sais qui vous êtes et quel genre d'homme vous êtes. Vous êtes le seul en qui j'ai totalement confiance.

        Elle déglutit, se redressant lentement. La féroce détermination de son regard s'était presque totalement éteinte. Il ne restait que la peine, la douleur et la peur... et un entêtement qu'elle souhaitait impossible à contrer.

NAZDAK : Elle ne mérite pas de mourir, sir. Pas lorsqu'il lui reste encore une chance...

SOLAK : Et si je n'accède pas à votre demande, vous retenterez l'expérience?

        La CMO battit des paupières un moment, puis hocha la tête. Elle avait voulu mourir et ses plans n'avaient pas changé parce que son esprit avait trouvé refuge dans le corps d'une autre personne. Elle avait à peine hésité, mais l'ancien conseiller l'avait tout de même noté. Le fait que la jeune femme soit devant lui en ce moment dénotait qu'elle n'était pas prête à entraîner avec elle des gens qui pouvaient être sauvés. Il y avait donc, peut-être encore moyen de la sauver, elle aussi.

SOLAK : Je peux vous faire interner, vous le savez.

NAZDAK : (dans un souffle) Il y a plus d'une manière d'en finir avec soi-même, sir.

        Elle semblait déterminée, fatalement déterminée, et si sure d'elle-même. Et pour cause! Elle avait déjà tenté l'expérience et à plus d'une reprise...

        La décision du Vulcain avait été prise et celui-ci ne revenait que rarement sur ses décisions. Mais il voyait en face de lui une femme qui menaçait de mettre fin à ses jours. Certes, il aurait pu la faire interner... cependant, il est évident qu'un médecin connaît plusieurs manières de mettre fin à ses jours. Et qu'il ne se ratait pas s'il voulait mourir. L'expérience du Lieutenant Nazdak était là pour le rappeler. Donc, cela ne changerait rien. Pire que tout, elle ne menaçait pas de se tuer elle, mais de tuer au final trois personnes : le CMO du Nordik, la Maquisarde mais surtout, la CMO du Galilée, la propre officier de Solak. Et ce dernier point fit que le Vulcain changea d'avis. En fait, c'était une prise d'otages, rien de moins, donc il fallait négocier.

SOLAK : Je change ma décision à deux conditions.

        La mi-Brekkianne poussa un soupir de soulagement. Cependant, elle attendait les deux conditions avant de pouvoir réellement souffler.

NAZDAK : Et bien, allons-y.

SOLAK : Premier point, il faut que nous définissions le but de cette fusion mentale.

NAZDAK : Il me semble clair : nous devons tout faire pour faire survivre la Nazdak du Galilée.

SOLAK : Non, c'est inacceptable. Nous devons en effet la sauver, mais aussi les deux autres personnalités. L'objectif n'est pas d'en faire disparaître deux, mais plutôt d'assurer une vraie fusion des trois personnalités.

NAZDAK : C'est impossible.

SOLAK : Pas si chacune d'entre vous l'accepte. Nous pouvons trouver des compromis. La fusion pourrait être totale, mais seulement si toutes les parties l'acceptent. Vous semblez vraiment motivée à mourir, mais je ne veux pas être le complice d'un suicide. Je ne veux pas non plus créer trois personnalités distinctes avec trois clones différents. Je pense que nous devons fusionner tout le monde dans un équilibre efficient. Il est hors de question que je tue deux personnes par cette action. Vous êtes la personne la plus déterminée et la plus présente. Donc, je veux votre accord pour que le but de la fusion soit celui-ci. Et faites très attention, car le moindre mensonge sera détecté dès le début de la fusion.

        La CMO réfléchissait. Solak lui proposait de devenir une nouvelle entité, et de faire en sorte de sauver tout le monde sous une autre forme. C'était... déroutant. Ce n'est pas ce qu'elle avait forcément envisagé.

NAZDAK : Quelle est la deuxième condition?

SOLAK : Je veux que vous suiviez une thérapie intensive dans les suites. Le suicide n'est jamais une solution, mais vous avez un désir de mort fort. Ce désir ne saurait être négligé ou effacé. Par conséquent, si vous acceptez la première condition, cela signifie que vous allez certainement avoir ce désir après la fusion des personnalités. Et il est hors de question que je prenne des risques alors qu'au final, nous nous retrouvions avec le même problème qu'au départ.

NAZDAK : Et donc, quoi? Vous voulez que je me fasse psychanalyser de manière intensive pour éviter le suicide?

SOLAK : Assurément. De plus, je précise qu'en effet, je serai extrêmement vigilant lors de la fusion mentale. Ce désir d'autolyse sera mon principal ennemi et je ferai tout pour le faire disparaître. Je ne veux pas d'un officier suicidé. Ai-je été clair?

NAZDAK : Oui, on ne peut plus clair.

SOLAK : Donc, j'accepte votre proposition à deux conditions : je veux une fusion des 3 personnalités, et je veux une psychothérapie intensive après la fusion. À vous de voir si vous acceptez ces deux conditions.

        La balle était maintenant dans le camp de la jeune femme.

        Elle ferma les yeux et soupira longuement. À quoi avait-elle pensé lorsqu'elle avait fait ses aveux? Elle n'avait pas pensé, elle avait simplement... Simplement quoi? Réagi? L'instinct avait toujours été quelque chose de fort qui avait guidé ses pas dans les moments où la logique et la raison ne le pouvaient pas. Alors, qu'en était-il, en ce moment?

        Elle lui faisait confiance, c'était indéniable et inexplicable. C'était, tout simplement.

        Lorsqu'elle ouvrit les yeux à nouveau, la CMO trouva le regard calme et posé du Vulcain. Il avait énoncé ses conditions. Elles étaient claires et simples en soit, pour tous sauf la Nordikienne. Cependant, il avait raison : ses idées de suicide étaient néfastes et méritaient... demandaient... non, exigeaient que la mi-Brekkianne soit suivie de près. C'était l'inverse de ce qu'elle souhaitait, mais en même temps, si cela permettait aux deux autres de survivre...

NAZDAK : D'accord.

SOLAK : Vous comprenez les conditions. Il n'y aura pas de retour en arrière.

        Avait-elle simplement le choix? Certains diraient que oui, on avait toujours le choix. Mais ce n'était pas comme cela que se sentait la jeune femme.

NAZDAK : Je comprends que je n'ai surtout pas le choix. Pas si je souhaite qu'elle survive. Vous ne pouviez pas accepter sans poser ces conditions. Elles sont... (elle eut un sourire amer) ...logiques.

SOLAK : Êtes-vous en mesure de dire s'il en est de même pour les autres parties?

        La CMO détourna le regard et sembla momentanément songeuse. N'être qu'une personne, une entité, une identité, ne faire qu'une avec ses autres elle-même. Le concept était... étrange, indistinct.

NAZDAK : (songeuse) Oui, je crois. C'est difficile à dire pour la Maquisarde. Elle me semble effacée, lointaine. Mais son caractère me semble favorable à ce genre d'idée. Quant à 'votre' docteur... la question ne se pose même pas.

SOLAK : Et qu'en est-il de vous?

        Oui, il se répétait, chose rare pour un Vulcain. Ses nombreuses années en tant que conseiller et officier de Starfleet, à côtoyer des êtres émotionnels de toutes races, lui avaient apprises qu'il arrivait souvent que les gens prennent des décisions sur un coup de tête. Dans certains cas, c'était sans grande conséquence. Cependant, cette fois-ci, c'était d'un tout autre ordre.

NAZDAK : (hochant la tête) Faites-le vite avant que je ne change d'avis.

        Dans ces paroles, un brin ironiques et faussement agacées, l'ex-conseiller perçut de la résignation ainsi qu'un très discret indice d'espoir. Elle était venu lui demander son aide. Ce qu'il avait décidé était le prix à payer.

        Elle lui faisait confiance sans comprendre pourquoi exactement. Il ne restait plus qu'à espérer que cette confiance demeure inébranlée jusqu'après...

        Le Vulcain étudia attentivement la jeune femme. Il sentait en elle une grande confusion. Mais comment pourrait il en être autrement pour cette femme qui partageait le corps de deux autres?

SOLAK : Alors allons y, asseyez vous, je vous prie.

        Nazdak obtempéra mais une partie d'elle hésitait encore. Elle dévisagea son supérieur et eut envie de frapper ce visage neutre. Comment pouvait il être si calme alors qu'elle débordait de révolte? Solak s'approcha, puis planta son regard apaisé et apaisant dans celui du médecin. Les doigts se mirent en position, puis les paroles rituelles furent prononcées.

SOLAK : Mon esprit dans ton esprit....mes pensées dans tes pensées.

        Mika ressentit l'intrusion immédiatement. Elle sentit un grand froid l'envahir, elle eut l'impression d'un soleil froid au milieu de la tempête mais surtout un grand sentiment de protection. L'esprit de Solak ressentit le combat intérieur qui régnait dans cette tête. Il essaya d'insuffler le calme et la tempérance.

        Il se matérialisa dans un champ lunaire, désert et sombre, sans aucun paysage, rien que des roches à perte de vue et un ciel étoilé, noir et pesant. Le Solak virtuel ne portait mas son uniforme mais une toge Vulcaine. Il mit ses mains derrière le dos, ferma les yeux et reprit le contrôle de lui même. Dans cet environnement, il ressentait directement les sentiments brutaux et primaires de la lutte intérieure et intestine voire fratricide. Et ses pulsions l'agressaient directement.

        Il fit le vide dans son esprit, sentit le calme et la maîtrise prendre le dessus sur ses émotions personnelles puis ouvrit les yeux, une fois que le calme régnait, absolu et entier.

        Alors il sentit avant de voir l'arrivée des 3 jeunes femmes. Elles étaient de taille différente, proportionnelles à leur pourcentage d'occupation. Ainsi, la Nordikienne était la plus grande, suivie de la Galiléenne. Enfin, la Maquisard semblait non seulement minuscule mais totalement refermée sur elle même.

SOLAK : Pouvons nous commencer?

        La première à réagir n'était pas la plus grande de toutes.

NAZDAK-MAQUIS : Où suis-je? Que se passe-t-il!? Sortez de ma tête immédiatement!!!

        Une vague de chaleur intense émanait de la plus petite des femmes. Sa crinière noire et bouclée était maintenue en une longue tresse serrée qui lui donnait un air sévère. Elle portait un uniforme civil moulant et parsemé de taches d'origines diverses. Elle semblait la plus nerveuse du lot aussi et ne regardait que Solak comme si elle ignorait l'existence-même des deux autres copies d'elle-même qui étaient pourtant à ses côtés.

        Le Vulcain, en pleine possession de ses dons, ne parut pas affecté le moins du monde par l'onde calorique. Pendant ce temps, la Galiléenne, vêtue de son uniforme Starfleet au collet bleu, ses cheveux remontés en un chignon lâche, jetait des regards autour d'elle, incertaine, attentive, appréhensive, pendant que la Nordikienne, elle aussi vêtue de son uniforme de docteur, mais sa longue chevelure ondulée reposant librement sur ses épaules, n'avait d'yeux que pour le commandant du navire. Lorsqu'elle parla, ce fut d'une voix calme et sereine qui contrastait tellement avec l'intensité de son regard.

NAZDAK-NORDIK : Il est ici pour t'aider. Alors, reste calme et suit les instructions.

        La Maquisarde sembla se calmer, même si elle ne regardait toujours pas dans la direction des deux autres femmes et ne fixait que l'homme à la toge, devant elle. La Galiléenne regardait les participants tour à tour. Elle ne démontrait pas de peur comme tel, mais plutôt un semblant d'inconfort, d'incertitude. Les contacts télépathiques étaient nouveaux pour elle. Ça et le fait qu'elle captait plus clairement certaines choses...

NAZDAK-GALILÉE : (incertaine) Sir... il ne faut pas...

NAZDAK-NORDIK : (l'interrompant) Laisse-le faire. Il sait ce qu'il fait. Il est là pour t'aider... nous aider.

NAZDAK-MAQUIS : 'Nous' aider? (ironique) Pourquoi j'ai le feeling que c'est pas tout à fait ça?!

        La tension montait et montait. Sur le paisible paysage lunaire, la brise se levait, de plus en plus forte. Les jeunes femmes semblaient ne se rendre compte de rien malgré que leur chevelure virevoltaient dans tous les sens.

NAZDAK-MAQUIS : No way! Je reste pas ici!!!

NAZDAK-NORDIK : J...

NAZDAK-GALILÉE : Sir!!

        Le déséquilibre était quasi total. La Nordikienne était figée, les yeux écarquillés tout grands, la peur brillant clairement dans son regard bleu azur, perdu et désespéré. La Maquisarde semblait en colère et énervée, mais étrangement, elle ne bougeait pas d'où elle se trouvait, trépignant d'impatience sur place. La dernière d'entre toutes, la Galiléenne et identité originelle du corps physique, alternait son attention entre les trois autres participants. Elle semblait encore en maîtrise de ses émotions, mais cela ne saurait durer encore bien longtemps.

        Tout d'un coup, les trois jeunes femmes parlèrent toutes en même temps.

NAZDAK-GALILÉE : (vivement) Sir! Faites quelque chose!!
NAZDAK-MAQUIS : (en colère) Allez!! Qu'est-ce que vous attendez!?!
NAZDAK-NORDIK : (faiblement) Pitié...

        Enfin, elles étaient toutes prêtes et demandaient de l'aide en même temps.

        La vision qu'avait Solak aurait pu être drôle si elle n'avait pas été aussi dramatique. Trois femmes, avec une forte ressemblance, en train de partir en vrille, en furie, pour des raisons diverses et variées. Et pourtant, elles demandaient toutes trois la même chose : de l'aide. Le Vulcain respecta le silence. Il savait, d'expérience, que de temps en temps, il fallait laisser au silence le temps de s'installer. C'était presque aussi important que de parler.

SOLAK : Vous voulez de l'aide? Très bien, alors commençons. Nous allons faire en sorte, dans un premier temps, de définir le but de cet entretien.

NAZDAK-NORDIK : C'est évident. Nous devons sortir de cette situation insensée : trois personnalités dans le même corps.

NAZDAK-GALILÉE : Ça, nous sommes toutes d'accord.

        La troisième Nazdak hocha la tête pour préciser sa validation.

SOLAK : Donc, nous sommes d'accord sur l'objectif. Voyons, maintenant, quelles sont les solutions possibles.

        Les trois femmes parlèrent en même temps et cela fut parfaitement inaudible.

SOLAK : Le premier des progrès à faire est de respecter l'autre, de vous reconnaître une existence propre. Pour cela, je veux que vous arrêtiez de me regarder. Je ne suis qu'un médiateur, un catalyseur. En aucun cas, je suis la solution. Donc, vous allez vous faire face. Mettez-vous aux quatre coins d'un triangle. Et regardez-vous en face.

        Les Nazdak ne voulaient pas accéder à la demande. C'était trop dur pour elles.

SOLAK : La politique de l'autruche est la pire de toutes et jamais personne n'a pu trouvé de solutions de cette manière. Donc, faîtes ce que je vous dis!

        Cela avait claqué comme un ordre et les trois doubles obéirent. Elles se dévisagèrent, sans comprendre d'abord, mais elles ne pouvaient pas faire autrement que se voir. Maintenant, elles n'avaient plus le choix. Solak tourna autour du triangle, les mains dans le dos et satisfait. Il avait réussi la première étape.

SOLAK : Nous avons trois solutions dans ce problème. Premièrement, réaliser un clone de chacune d'entre vous pour lui donner un corps. Cette solution, même si elle a marché pour l'enseigne Williams, n'est pas applicable dans votre cas, car vous êtes trois personnalités alternatives, donc vous êtes trois versions de la même personne. Donc, ce n'est pas possible de créer des clones pour créer de vraies personnes. Deuxièmement, nous pouvons supprimer deux versions pour laisser la troisième, en l'occurrence celle du Galilée, prendre possession du corps. Mais, je ne suis pas un assassin. Donc, je me refuse à appliquer cela. Il ne reste donc que la troisième solution : fusionner vos trois personnalités, et c'est pour cela que je suis ici. Sommes-nous d'accord?

        Les Nazdak continuaient à s' observer, sans vraiment réagir. Solak prit cela pour un acquiescement.

SOLAK : Dans ces conditions, vous allez devoir accepter l'existence des deux autres. Pour ce faire, voici comment nous allons procéder. Vous allez, chacune à votre tour, devoir dire la manière dont vous percevez les deux autres. Cela vous permettra de prendre conscience de l'existence des autres, mais aussi de la perception qu'elles ont de vous. Concentrez-vous sur ce que vous ressentez. La fusion mentale nous permettra de pouvoir ressentir ce vous éprouvez...

        Les sentiments, une véritable tempête d'émotions variées, étaient en effet là depuis le tout début de la fusion mentale. Ils se traduisaient en vague de chaleur ou en brise de vent, façon subtile que les cerveaux moins expérimentés à ce genre de procédures avaient de traiter, d'interpréter et de comprendre le surplus d'information. Les jeunes femmes se regardaient 'elles-mêmes', agacées, intriguées, incertaines. Ce qui leur avait été demandé était simple en soit et tellement compliqué pour la jeune femme qui, de toute sa vie, s'était toujours tant refermée sur elle-même...

NAZDAK-GALILÉE : Je vais commencer.

        Tournant le visage vers la Maquisarde, Moïra prit une profonde inspiration songeuse, puis se lança.

NAZDAK-GALILÉE : Tu me sembles... débrouillarde, débordante d'énergie, un brin trop impatiente. Pas bloquée par les procédures... libre, quoi! Oui, tu me donnes l'impression que rien ne peut t'arrêter. Tu tiens énormément à ta famille aussi, ce qui est bien.

        Un peu d'envie, de curiosité, d'agacement flottait dans l'air, léger. Lorsque la Galiléenne tourna son regard vers la Nordikienne, le vent changea de côté, mais resta tiède et confortable. Il y avait un peu de peine et d'inquiétude, voire d'incertitude.

NAZDAK-GALILÉE : Et toi, tu me sembles forte et immuable en apparence, mais en apparence seulement. C'est ce que tu veux montrer aux autres alors que tu souffres en silence et seule. Il y a beaucoup de peine dans ton regard. Et pourtant, j'y vois beaucoup plus. Tellement plus...

        Un sentiment d'espoir subtil imprégna le visage de la Galiléenne alors qu'elle hochait la tête, soudainement certaine. Une vague de malaise traversa la plaine alors que la Maquisarde, trépignant sur place, s'exclama vivement :

NAZDAK-MAQUIS : À mon tour!! (Regardant la CMO du Galilée) Trop professionnelle et trop rigide. T'as besoin de vivre un peu, ma belle! Compte-toi chanceuse de ce que tu as, au lieu de te bloquer à rester assise derrière ton bureau à travailler sans cesse. Tu n'as qu'une seule vie. Profites-en.

        La civile hocha la tête en guise de conclusion. Elle était sure d'elle, sentait que la Galiléenne était pleine de potentiel et elle, la civile, avait confiance en l'officière. Lorsque la Maquisarde tourna la tête vers la plus grande d'entre elles, celle qu'on avait surnommé Doress n'osa jeter qu'un regard de biais à sa consœur sur plus d'un niveau. Inconfort et désaccord. En même temps, il y avait de la compréhension, comme si elles avaient partagés plusieurs moments de leur même vie. Et à un certain point, c'était plausible.

NAZDAK-MAQUIS : Quant à toi... tu me semble efficace. Froide. Vide. Pas entourée par les bons gens. Tu as une volonté d'enfer, mais elle est mal dirigée. Ne t'isole pas ou tu ne seras pas la seule à le regretter, que tu le veuille ou non.

        La civile secoua la tête négativement et croisa les bras sur sa poitrine. Oui, ces deux femmes avaient vécu des événements très similaires, mais leurs chemins s'étaient séparés à un moment donné et leurs vies et leur caractère s'en étaient retrouvés modifiés différemment, presque diamétralement. Le souffle de méfiance que pouvait avoir ressentit la marchande s'évaporait tranquillement.

        Mika, celle du Nordik, inspira profondément et expira longuement. L'épreuve était presque finie. Bientôt, elles auraient toutes le support de chacune d'entre elles. Elles seraient unies et plus fortes. Il fallait tenir un peu plus, juste un touti peu plus longtemps. La brise se rafraîchit un peu, prenant une vague sensation d'humidité, comme dans une forêt éparse juste après une pluie d'automne.

        Regardant la Maquisarde droit en face, Mika parla d'une voix lente et calme, précautionneuse sans être résignée. L'uniforme entaché de la civile, son regard de défi avec ce relent de méfiance, lui était si commun. C'était elle-même, il y avait si longtemps. Elle ne pouvait la laisser périr. Pas s'il y avait cette chance. Un vent d'espoir souffla faiblement...

NAZDAK-NORDIK : Tu es... ce que j'ai été, ce que j'aurais peut-être dû accepter au lieu de le fuir. Liberté d'esprit, liberté des conséquences. Tu te fiches de tout... ou c'est ce que tu prônes, sans réellement y croire. Tu crois à la vie. C'est ce qui transpire de toi et c'est ce que j'aime.

        Bref soupçon de tristesse et de douce mélancolie, les deux femmes se regardèrent un moment avant de, toutes les deux, hocher la tête en même temps. La Maquisarde souriait en coin, une étincelle de provocation brillant dans son regard. Ce fut l'élan de confiance dont la Nordikienne avait besoin pour se tourner vers celle qui l'avait, sans le savoir ni même le vouloir, condamnée et sauvée à la fois.

NAZDAK-NORDIK : Toi, tu as une chance. Tu es l'avenir. Tu t'enterres dans l'oubli du travail pour ne pas songer à au futur, parce que c'est ce que tu crois que les gens attendent de toi. Ne fais pas la même gaffe que moi. Vis. Et ne regrette rien. Surtout, ne regrette rien.

        L'espoir mêlé à de la mélancolie, une envie de crier, de hurler, de courir et de rester sur place en même temps. Un tourbillon enveloppa momentanément les trois femmes, faisant virevolter les mèches bouclées noires comme la nuit, noires comme l'espace infini.

        Solak aussi ressentait le maelström qui tourbillonnait autour de lui. Ses cheveux pourtant courts étaient pris dedans, mais il restait stoïque, comme à son habitude. Il continuait de tourner autour des trois femmes. Un observateur aurait pu penser qu'il s'agissait d'un vautour autour de sa proie. Et en effet, une fois que la Nazdak eut fini de parler, il plongea sur les trois femmes, pour marquer le coup de grâce.

SOLAK : C'est exactement cela. Vous êtes trois versions de la même personne. Vous avez toutes trois connues des expériences, positives ou négatives. Alors vous connaissez chacune les raisons de l’état de l'autre, vous connaissez ses erreurs, ses faiblesses mais aussi ses forces. Entre l'une trop rigide et l'autre trop laxiste, entre l'une trop timorée et l'autre trop tête brûlée, n'existe-t-il pas des justes milieux? Vous avez cependant un point commun : vous êtes membre de la Fédération ou vous l'avez été. En vous, même si dans l'une d'entre vous cela est moins net, sont plantés les germes de la tolérance. Sachez vous acceptez ensemble. Sachez fusionner. Sachez contrebalancer vos erreurs et surtout vos faiblesses. Apprenez de l'expérience des deux autres et devenez un être plus important, plus résistant. À la manière des Trills, profitez de l'expérience de plusieurs vies... mais plus important que tout, soyez vous-mêmes!!!

        Puis le Vulcain attendit la réaction des trois versions.

        La réponse fut quasi immédiate. La Galiléenne tendit une main vers la civile et l'autre, vers la sa consœur Starfleetienne. La Maquisarde attrapa la main tendue sans hésiter l'ombre d'une seconde, une étincelle de défi dans le regard, tout en levant elle aussi sa main libre vers la Nordikienne. Il y eut un bref moment hésitation, puis cette dernière accepta finalement de se joindre à ses 'sœurs'. Elle joignirent les mains, refermant les arrêtes du triangle devenu cercle. Les trois jeunes femmes se rapprochèrent machinalement l'une de l'autre, fermant les yeux et serrant les mains au même rythme.

        L'impression de tourbillon s'intensifia aussitôt, assourdissante et omniprésente. Solak parlait et, bien qu'elles entendaient clairement sa voix sereine et apaisante, aucun mot ne semblait faire de sens. L'impression de chavirement fut plus intense encore, chaleur et fraîcheur s'alternant à un rythme effréné. Cela sembla durer une éternité, puis tout à coup, comme si on avait appuyé sur une touche, ce fut le silence complet. L'apaisement était artificiel et total.

        Lorsque Moïra ouvrit les yeux, elle était face à Solak qui était toujours aussi calme et détendu, son regard sombre paisiblement rivé au sien, ses bras reposant le long de son corps. Il semblait légèrement fatigué. Le réflexe de la jeune femme fut de l'aider en tendant instinctivement une main vers lui, mais il refusa poliment, levant simplement une paume ouverte vers la CMO.

SOLAK : Comment vous sentez-vous?

        Une question étrange pour un Vulcain, mais pas pour un ex-conseiller. Moïra réussirait-elle un jour à accepter que son patron ait pu jouer les deux rôles en même temps? Elle lui faisait confiance tout autant, sinon plus qu'auparavant. Le Vulcain leur avait sauvé la vie à toutes et elles lui en étaient reconnaissantes... elle lui en était reconnaissante. Le concept était soudainement si étrange. La sérénité résultant de la fusion mentale, effet secondaire qui resterait pendant quelques heures, voir quelques jours, l'aidait à demeurer calme et pas trop... émotive.

NAZDAK : Bien. (brève hésitation) Merci, sir.

        Elle serra légèrement les mâchoires, s'attendant maintenant à certaines remontrances qui ne vinrent pas. Ils se saluèrent donc et se séparèrent discrètement, chacun plongé dans ses propres pensées.

        Quelques heures plus tard, la CMO du grand Galilée faisait parvenir au HC du navire une demande de sabbatique en bonne et due forme, demande qui fut acceptée sans questionnement, malgré l'absence d'indication de date de fin dans le document.

        Quelques temps plus tard -très peu de temps après-, le capitaine recevait un message privé, toujours de la part de la CMO. Celle-ci lui remettait sa démission de StarFleet et enjoignait une demande de transfert rapide -et surtout discret- sur la nouvelle station Delta Zéro. La jeune femme disait souhaiter changer de vie, d'environnement, voir « autre chose » « autrement ». La mi-Brekkianne insistait sur le fait que sa décision était finale et qu'elle ne cherchait pas à fuir ses responsabilités. Elle mentionnait même qu'elle allait essayer de continuer ses thérapies avec les services de counseling de la station. Enfin, elle remerciait son patron pour toute l'aide qu'il lui avait apporté -ne lui avait-il pas sauvé la vie?-, soulignant qu'elle ne l'oublierait jamais et promettait même de s'ennuyer du Galilée et de son fantastique équipage. En nota bene, la docteur soulignait qu'elle avait appliqué pour le poste de médecin civil sur ladite station et qu'elle planifiait bien y voir ses ex-collègues dès que l'occasion se présenterait.

        Les demandes furent entérinées sans même un sourcil vulcain haussé. C'est ainsi que la première CMO du USS Galilée quitta le grand navire. Discrètement, sans regret et sans un regard en arrière...

 

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