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Chronique du USS Galilée

 

 

Aspirante Megg Catsman

Aspirante Mika Moïra Nazdak

Aspirant Rhyde Bayoko

 

 

« À trois »

 

 

 

2389.02.10

            =/\= Date stellaire 64833.2 =/\=

            =/\= Mess Hall du Galilée, tard en soirée =/\=

 

            Travail. En dehors des séances de counseling avec Megg, il fallait que le sujet soit à propos du boulot pour que tout aille bien, qu'il n'y ait pas d'argument entre eux. C'était une évidence qui tiraillait le tacticien alors que son regard détaillait les traits faciaux de sa presque sœur. Bien qu'il fût relativement efficace, Rhyde n'était pas un bourreau de travail comme pouvait l'être Mika, et il aurait bien aimé pouvoir discuter tranquillement, mais...

 

NAZDAK : Et il y a aussi la question des accès aux données biométriques qui n'a pas été réglée.

 

            Business, just business. Certes, il avait réussi à lui faire avaler quelque chose de solide -un exploit en soit!- mais pourquoi était-il hors de question qu'elle relaxe, ne serait-ce qu'une minute? Rhyde se demanda si sa sœurette avait la capacité -et si elle accepterait- de suivre des cours de relaxation et méditation avec leur capitaine.

 

BAYOKO : Je vais en glisser un mot au patron. En attendant... Hey! Où vas-tu?

 

            Plateau à la main, la jeune femme s'était levée sous le regard époustouflé du Maître d'Équipage. Elle parla sans même se retourner.

 

NAZDAK : Je vais recycler mon assiette.

 

            Elle avait à peine touché au repas qui, aux souvenirs du mi-Napien, était pourtant parmi ses préférés. Avait-elle tant changé durant ces neuf années qui les avaient cruellement séparés?

 

BAYOKO : C'est insensé! Tu n'as pris que trois bouchées. De nous deux, c'est toi, la docteur! C'est toi qui est supposé être raisonnable!

 

            Mika eut un sourire en coin suivi d'un haussement d'épaule vague.

 

NAZDAK : Je n'ai pas faim.

 

            En fait, une légère nausée s'amusait à faire le va-et-viens depuis le matin. Rien de catastrophique, juste obscurément agaçant. De faibles crampes abdominales allaient et venaient, elles aussi. Et pour parfaire le tableau, un joyeux mal de crâne menaçait de se pointer sérieusement d'une minute à l'autre. La doctoresse s'était donc concentrée sur du liquide pour ne pas se déshydrater, mais s'était abstenu de trop manger. Elle soupçonnait le Chili Con Carne du dîner d'avoir été « un peu trop » pour son petit estomac.

 

BAYOKO : Si tu manges moins, tu finiras pas disparaître. Je n'sais pas comment tu fais...

 

            Il s'était levé et l'avait suivi, plateau et padds en mains. Il ne la laisserait pas se sauver aussi facilement! Et Mika l'avait attendu, chose à laquelle le jeune homme ne s'était pas réellement attendu. Elle semblait songeuse. Il lui demanda, étonné :

 

BAYOKO : Ça va?

 

            Mika se tenait distraitement le bas ventre d'une main en soupirant profondément. Ah! Ces plaisirs d'être une femme...

 

NAZDAK : Mouais...

 

            Elle sonnait peu convaincue, mais Rhyde ne poussa pas l'interrogatoire. Ils reprirent le chemin des coursives en discutant. Enfin, il discutait et elle répondait sur un ton dissipé. Jusqu'à ce qu'elle ne s'arrête pile dans le couloir, une main sur son ventre. Le tacticien lui jeta un regard scrutateur, comme ceux sa sœurette avait l'habitude de lui envoyer.

 

BAYOKO : Ne me dit pas que c'est le repas de ce soir qui ne te va pas. Tu n'en as pas assez ingéré.

 

            Évitant son regard, la mi-Brekkianne fit un geste vague de la main, l'air de débiter « arrête de dire n'importe quoi » alors que dans le fond, l'esprit de la doctoresse était concentré sur autre chose totalement. Les symptômes s'alignaient et les causes défilaient dans sa tête. Mika n'avait jamais été régulière. Les aléas d'être métissée, s'était-elle toujours fait dire par les médecins qui s'étaient occupés de son dossier. Sauf que là...

 

            Elle appuya une main sur le mur de la coursive, prenant de profondes inspirations. Puis, comme son quasi frère allait appuyer sur son combadge, elle intercepta son geste. Il rétorqua aussitôt.

 

BAYOKO : Je t'emmène à l'infirmerie.

 

NAZDAK : Ce ne sera pas nécessaire.

 

            Il ne la croyait pas et elle savait qu'il savait qu'elle ne lui disait pas tout.

 

NAZDAK : J'ai juste besoin de me reposer un peu. Et mes quartiers sont plus près. Mais, question d'être sûrs... Peux-tu demander à Megg de venir me rejoindre, s'il te plaît?

 

            Était-ce le ton doux employé par la docteure, sa formule de politesse ou le « juste pour être sûrs »? Un petit drapeau rouge se leva dans un sombre recoin de l'esprit du tacticien.

 

NAZDAK : (plus vivement) Allez! Ça va aller, j'te dis! J'ai juste besoin que tu lui demande de venir me rejoindre... C'est pourtant pas compliqué!

 

            Elle sonnait parfaitement normale, mais un petit quelque chose fit que le petit drapeau rouge resta bel et bien levé. Toutefois, sans trop comprendre pourquoi, il obtempéra.

 

BAYOKO : D'accord...

 

            Sentant sur sa nuque le regard parfaitement noir du mi-Bétazoïde, Mika maugréa tout en marchant.

 

NAZDAK : Veux-tu ben te mêler de tes affaires! C'est rien qu'une histoire de femme, de toute façon...

 

            Rhyde était un homme, mais il n’était pas dupe. Il avait connu cette femme des années auparavant et elle n’avait jamais eu ce genre de soucis. Il passa donc son bras derrière le dos de la jeune femme pour la soutenir.

 

NAZDAK : Arrête. Je peux me débrouiller toute seule. Va chercher Megg.

 

            Mais étrangement, il ne la lâcha pas. Elle sentit même son étreinte se resserrer.

 

BAYOKO : Je te connais. Regarde, tu ne tiens debout que difficilement. Alors, soit je t’emmène dans tes quartiers, soit c’est une téléportation d’urgence à l’infirmerie.

 

            Moïra le regarda de biais, mais son regard bleu cobalt avait laissé place à son fameux regard noir de mécontentement. Il l’avait piégée. S'il lançait une téléportation d’urgence, Rhyde aurait un rapport à faire pour justifier la procédure et, même si au final, il y avait peu de chance qu’il soit lu, tout serait mentionné dedans. La mi-Brekkianne s’appuya donc sur lui et reprit le chemin de ses quartiers.

 

NAZDAK : Depuis quand tu es devenu autoritaire, toi?

 

            Des dizaines de formules tournaient dans la tête du mi-Napien, mais toujours la même émotion ressortait au final. Il aurait voulu lui dire qu’il était inquiet pour elle, à chaque instant, qu’il était heureux que le hasard ait voulu qu’ils se retrouvent à nouveau tous les deux. Mais pas maintenant. En tous cas, pas ce soir. Ce n’était ni le lieu, ni le moment. Il bredouilla une réponse hâtive.

 

RHYDE : Et toi, depuis quand tu m’écoute?

 

            Moïra ne prit pas la peine de répondre. La douleur qu’elle ressentait devenait de plus en plus vive, mais elle ne voulait pas lui montrer. Elle serrait ses mâchoires fortement, espérant ainsi éviter de pleurer. Malgré tout, quelques larmes perlaient d'elles-mêmes et certaines finirent même sur la main du tacticien.

 

            Les quartiers de la CMO étaient là. Moïra ne protesta pas lorsque Rhyde l'aida à s’installer sur son lit. Il lui donna le tricorder médical qu’elle lui demandait et qui était posé sur le bureau de ses quartiers.

 

NAZDAK : Vas-y. Maintenant… S’il te plaît.

 

            Rhyde sortit rapidement des quartiers de sa quasi sœurette et n’entendit pas le « merci » qu’elle venait de prononcer. Il avait disparu de sa vie pendant longtemps, mais il n’avait pas changé sur un point. Toujours prêt à lui venir en aide, au moindre souci.

 

            Rhyde sauta dans le turbolift et se précipita chez la conseillère. Il était tard, très tard même. Il sonna à plusieurs reprises, mais Megg ne semblait pas avoir entendu ou bien était-elle ailleurs?

 

BAYOKO : Ordinateur, où se trouve la conseillère?

 

ORDINATEUR : Dans ses quartiers.

 

            Le Maître d'Équipage força l’ouverture à l’aide de ses codes d’urgence et, lorsque la porte s’ouvrit, tomba nez à nez avec la conseillère en tenue de nuit.

 

BAYOKO : Désolé de vous déranger, mais c’est urgent. Moïra a besoin de vous.

 

            Megg était quelque peu surprise de l’attitude du tacticien. Lui, qui mettait toujours un malin plaisir à jouer avec ses nerfs, venait quérir son aide et y mettait les formes. Mais elle sentait que Rhyde était très inquiet.

 

CATSMAN : Elle est où?

 

BAYOKO : Dans ses quartiers.

 

            Megg saisit une robe de chambre qui était posée sur un des fauteuils et sortit.

 

BAYOKO : Encore désolé, mais je crois vraiment qu’elle a besoin de vous.

 

CATSMAN : Que lui arrive-t-il?

 

BAYOKO : Je ne sais pas, mais j’ai dû l’aider à marcher tellement elle était fébrile. Une vive douleur au ventre.

 

            Le chemin inverse avait été fait en un rien de temps et tous deux entrèrent dans les quartiers de la mi-Brekianne.

 

            Dès son entrée dans l'antre de la CMO, Megg sut que quelque chose de grave s’était produit. Elle se rendit dans la chambre de la Doc et ne la trouva pas. Pourtant, c’était bien là que Rhyde l’avait conduite, non? Ce dernier suivait la conseillère comme son ombre, refusant de la laisser le distancer. Il était aussi inquiet qu’elle.

 

CATSMAN : Moïra?? Où êtes-vous, bon sens!?

 

NAZDAK : Dans la salle de bain…

 

            Megg ressentait la douleur que ressentait la docteur. Misère, que ça avait l’air de faire mal! Elle savait que Rhyde ressentait cela aussi. Comment faire en sorte de lui faire débarrasser le plancher? Plus elle y pensait, plus elle avait un sérieux doutes sur ce qui arrivait au docteur du Galilée. Alors, pas question que Rhyde reste dans ses pattes. Il fallait le faire sortir d’ici, sinon il allait ruer dans les brancards et casser tout sur son passage! La conseillère réfléchit vite à une solution et sortit la première chose qui lui vint en tête.

 

CATSMAN : Vous, allez me chercher une trousse médicale complète à l’infirmerie. Et quand je dis complète, c’est tout le kit. Ne ramenez personne, juste la trousse. Ensuite, allez me chercher des linges. Peu importe où vous les trouverez, je m’en fiche. Ne revenez pas avant d’avoir tout ce que je vous ai demandé, sinon je vous renverrai les chercher. Me suis-je bien fait comprendre?

 

BAYOKO : Oui… mais, que lui arrive-t-il donc?

 

CATSMAN : (catégorique) Sortez et ne revenez pas avant de tout avoir!

 

            Ce disant, elle le poussa délibérément en dehors des quartiers de Moïra. La porte se referma sur son visage inquiet et interrogateur, mais Megg n’en fit aucun cas. Ayant une cousine et un oncle docteurs dans StarFleet, maintenant elle savait exactement ce qui arrivait à la doc, pas besoin d’avoir un diplôme médical pour ça! Efficace, la conseillère se débarrassa de sa robe de chambre et entra, en chemise de nuit, dans la salle de bain de la mi-Brekkianne. Ce qu’elle y vit ne lui plut pas, mais alors là, pas du tout!

 

            La Bétazo-Brekkianne était recroquevillée sur elle-même à même le plancher, son fidèle tricorder médical dans une main et l’autre posée sur son ventre. Il ne semblait pas y avoir de traces de sang autour, du moins pas à première vue. Mais vu la position de Moïra, c’était difficile à voir. Elle nota une pile de vêtements humides et retirés à la hâte dans un coin. Ses soupçons n'en furent qu'encore plus certains.

 

            La conseillère fut assaillie d’une décharge émotionnelle, ressentant exactement ce que la doc ressentait, comme si elle était en symbiose avec celle-ci. Ce fut si fort et si soudain, que la jeune femme dut se retenir à la vanité de la salle de bain pour ne pas s’effondrer. Afin de pouvoir travailler et aider la CMO, il fallait que Megg fasse abstraction de ces émotions. Elle prit donc de grandes inspirations afin de se calmer et, petit à petit, le ressentit fut moins fort, ce qui permit à la conseillère de s’approcher d’avantage de la femme étendue sur le sol. Elle lui sourit afin de l’apaiser et déclara :

 

CATSMAN : Je vais vous aider, mais vous allez devoir m’aider aussi. C’est vous l’experte médicale! Tout ce qu’il se passera ici sera sous le couvert du secret professionnel, autant pour vous que pour moi, personne n’en saura rien et, si vous le voulez, ce ne sera pas confiner dans les dossiers

 

            Mika ne commenta pas ce dernier détail. Bien sûr qu'il y aurait quelque chose dans le dossier, il le fallait pour le bon suivi de sa santé physiologique. Mais au moins, ce serait... discret.

 

NAZDAK : Merci… je l’apprécie beaucoup, vous savez… Mais, ça fait un mal de chien!!!

 

            Megg esquissa un petit sourire. Elle adorait la façon de s’exprimer de la doc. Cela lui donnait une humanité toute particulière et un caractère encore plus particulier. Megg aimait les gens de ce genre. Après que la douleur fut passée, Moïra demanda :

 

NAZDAK : Où est Rhyde? Je ne veux pas qu’il me voit comme ça!

 

CATSMAN : Ne t’en fais pas. Je l’ai envoyé me faire des commissions et j’espère qu’il aura de la difficulté à trouver tout ce que je lui ai demandé. Mais, le connaissant aussi, il fera vite. Alors, nous devons faire vite aussi. Que dois-je faire pour t’aider?

 

            Le tutoiement était venu tout seul et il semblait approprié à la situation. Une jeune femme en aidant une autre faisait en sorte de faire éclater les barrières de la séniorité ou du respect au grade. De plus, Megg souhaitait se faire une amie de Moïra, alors aussi bien commencer quelque part!

 

CATSMAN : Puis-je te bouger? Nous ne sommes pas bien installées ici…

 

NAZDAK : Si je bouge, je risque de perdre beaucoup de sang et ce n’est pas ce qu’il faut… Il faut que je m’allonge, mais ça fait tellement mal! J’ai une petite trousse dans ma chambre. Rapporte-moi un hypospray, que je m’injecte quelque chose pour aider… vite!

 

            Ne faisant ni une ni deux, Megg sortit de la salle de bain et se précipita dans la chambre de Mika. Elle y trouva sans difficulté la petite trousse médicale et l’apporta à la doc.

 

CATSMAN : Tiens, tu veux que je te prépare la dose?

 

NAZDAK : Non, je devrais y arriver.

 

            Mika sortit l’hypospray et y inséra la dose d’anti-douleur/relaxant musculaire léger dont elle avait besoin pour se décrisper un peu. Alors qu’elle allait appuyer le machin sur son cou, une crampe lui vrilla le ventre, douleur que la conseillère ressentit immédiatement. Elle précipita donc sa main vers celle de la doc afin de la rendre plus sure, ce qui permit à cette dernière de se faire son injection tant désirée.

 

NAZDAK : Merci! Bon, je crois que je vais pouvoir allonger les jambes, maintenant. Je sens que ça s’en vient, alors il me faudra ton aide. Place-toi au bout de mes jambes et installe la serviette, que tu vois, là, entre mes jambes. Quand ça sortira, ça tombera sur la serviette, il te faudra alors le recouvrir et t’en débarrasser.

 

CATSMAN : Euh… et comment je m’en débarrasse?

 

NAZDAK : Ce sera assez petit. Pas plus gros qu'une orange. Ça pourra se faire par la toilette.

 

            Le calme olympien de la doc troublait la conseillère. Comment pouvait-elle être aussi froide dans un moment pareil? Pour une autre patiente, Megg aurait compris, mais c’était à elle-même que cela arrivait et l'officier médical traitait le petit être au fond d’elle comme n’importe quel joujou. Après cet événement, Megg allait devoir recevoir Moïra dans son bureau -ou ailleurs, si elle le voulait- et il faudrait que la doc parle de cet événement autrement que dans une situation comme celle qu'elle vivait actuellement. Mais là n’était pas la question pour le moment, il fallait agir et vite car le tacticien allait revenir d’un moment à l’autre.

 

            Megg fit tout ce que la doc lui dit et attendit que cela se produise. Les contractions arrivaient et partaient. Toujours rien.

 

CATSMAN : Tu veux m’en parler un peu?

 

NAZDAK : Parler de quoi? Du fait que je me suis fait engrosser par mon ex-fiancé alors que lui couchait à droite et à gauche? C'est un trou du cul, point à la ligne!! Il n’y a vraiment rien à dire de plus là-dessus!

 

CATSMAN : C’est ce que tu crois, mais extérioriser ses émotions, ça aide aussi.

 

NAZDAK : (sourdement) Et voilà la conseillère qui se montre le bout du nez!

 

CATSMAN : (vivement) Oh là, on se calme! Je te rappelle que c’est toi qui m’a fait appeler! Tu aurais pu bien demander à Rhyde d’aller chercher Peers!

 

NAZDAK : (secouant la tête) Mais, c’est toi que je voulais à mes côtés et non Manon!

 

CATSMAN : Et pourquoi moi?

 

            Moïra ne dit rien. Elle semblait réfléchir. Megg ne la poussa pas à répondre. Elle voulait que la CMO lui dise la vraie raison et non pas une raison bidon. Finalement, la mi-Brekkianne finit par répondre.

 

NAZDAK : Je voulais que ce soit toi, car je sais que tu vas me comprendre, que tu ne vas pas me juger comme les autres femmes pourraient être portées à le faire. Tu es la bonté incarnée, Megg, et dans cette situation, c’est ce dont j’ai le plus besoin.

 

            Megg n’eut pas le temps de répondre, Moïra se cabra sous la douleur d'une nouvelle contraction. La conseillère répondit à la question muette de son amie.

 

CATSMAN : Rien n'est sorti. Et ne crois pas que ce que tu viens de me dire va clore la discussion précédente!

 

            Mika, à bout de souffle, n'eut pas le temps de rétorquer que le tacticien était de retour avec les commissions. Vive comme l'éclair, la conseillère rebondit comme un ressort et l'intercepta avant qu'il n'arrive même à s'approcher de la salle de bain. La discussion entre les deux mi-Bétazoïdes fut courte et vive, mais au final, le tacticien capitula et sortit des quartiers de sa quasi-soeur. Megg revint auprès de la CMO à temps pour la prochaine contraction. Une nouvelle vague de sentiments déferla sur la conseillère qui tint bon et, jetant de petits regards rapides au tricorder qui suivait tout l'événement, trouva même le moyen de sourire pour encourager sa patiente.

 

CATSMAN : Ça s'en vient! Respire bien à fond...

 

            À l'extérieur, Rhyde était appuyé sur le mur du corridor des quartiers de la CMO, un peu comme un soldat montant une garde plutôt relaxe. Il savait que Moïra ne voulait pas le voir pour l’instant et que Megg se tenait à ses côtés, dans la petite salle de bain des trop petits quartiers de la CMO. La mi-Brekkianne se cramponnait à ce qu'elle pouvait, se tordant de douleur. Elle faisait son maximum pour ne pas hurler à chaque nouvelle contraction, se répétant sans arrêt que cela était presque fini, qu'il ne restait presque plus rien à faire, mais la tâche était difficile. Elle savait que bientôt, des médicaments plus puissants pourraient lui être injectés pour assourdir la douleur. En attendant, elle devait endurer.
            Alors qu'il attendait plus ou moins patiemment à l'extérieur, une image apparut dans le cerveau du tacticien. Ce qu'il vit fut la grand-mère de Moïra. Ce n'était pas un de ses souvenirs et ça s'était imposé à son esprit sans qu'il n'en fasse la demande. Avant même qu'il ne réalise ce qui se passait, une seconde image passa devant ses yeux : un homme avec de multiples femmes dans son lit. Une vague de sensations l’envahit : de la colère, de la trahison, une déception profonde. Une rage immense et le sentiment d’avoir été abandonné surmontaient toutes les autres. Puis, sans avertissement, une vive douleur lui tordit le ventre et une voix de femme, une voix si familière, l’appela à l’intérieur de son esprit.

 

            Cette voix, ce lien, cette sensation, tout ça lui étaient déjà connu. Ce qu’il avait tant espéré était là, de nouveau. Cette voix, c’était celle de Moïra. Cependant, ce lien était plus puissant que celui qu'il avait connu par le passé et la douleur qu'il ressentait était bien vive et réelle. Le lien n’était pas que psychique. Pourquoi aujourd’hui? Pourquoi maintenant? Tant de questions sans réponse qui devraient attendre
            Sans réfléchir plus, il entra pour la troisième fois de la soirée les codes pour ouvrir la porte des quartiers de la CMO et entra d'un pas décidé. La réaction de la conseillère fut vive, bien que non agressive. Elle n'osait plus quitter son « poste », vu l'imminence de la chose. Elle tenta de se faire aussi autoritaire que possible.
CATSMAN : Ce n’est pas le moment, Rhyde. Sors de là!
            Le mi-Napien n’écouta pas ce que lui demandait la conseillère. Il s’installa directement à même le sol, aux côtés de Moïra, lui prit la main et plaça son bras dans son dos pour la soutenir. La mi-Brekkianne, le souffle court, ne dit rien, mais elle serra plus intensément la main dans la sienne.
RHYDE : **Je suis là, maintenant.**
NAZDAK : **Je sais…**

 

            La douleur fut de nouveau vive et Moïra en souffrait malgré les médicaments. Elle se tordait de plus en plus et serrait la main du tacticien au même rythme. Un léger craquement se fit entendre, mais Rhyde fit semblant de ne pas le remarquer. Ce ne fut pas le cas de la conseillère qui redressa légèrement la tête pour lui jeter un regard légèrement inquiet.
CATSMAN : Rhyde, ça va?
BAYOKO : Oui, merci, Megg. Ne t’inquiète pas.
            La conseillère faisait tout ce qu’elle pouvait, mais elle n’était pas médecin et ses connaissances médicales, bien que relativement approfondies, étaient tout de même limitées. Cependant, elle se défendait bien. Et, de toute façon, Moïra n’avait pas voulu qu’on l’emmène à l’infirmerie. Pour une raison étrange que Megg prévoyait clarifier plus tard, la docteur croyait que cette épreuve était seulement la sienne et elle ne voulait pas que cela s’ébruite.

 

            Cela dura encore quelques minutes, de longues minutes de souffrance et de douleur, autant physique que psychologique, et Rhyde était maintenant lié à Moïra plus que jamais. En bien peu de temps, il avait eu la réponse à toutes ses questions sur le passé de la mi-Brekianne. Il savait combien elle avait souffert de l’autorité de leurs parents et de la grand-mère. Il connaissait le sentiment de trahison que la jeune femme avait ressenti en voyant celui qui devait devenir son mari partager son lit avec plusieurs autres femmes. Toutefois, le sentiment le plus fort était celui d'avoir été abandonnée, il y avait de cela près d'une dizaine d'années, sentiment dont il était involontairement la cause.

 

            Une dernière et ultime contraction attaqua la femme sur le sol et elle ne put réprimer un cri déchirant alors que le petit être, si minuscule, fut expulsé du ventre de la mère, qui elle, en définitive, n’en voulait sûrement pas. La conseillère le recueillit, s’assura qu’il n’était pas viable et, le cœur brisé, s’en débarrassa comme Moïra le lui avait demandé. Rhyde ne s'était pas détourné, n'avait pas bronché d'un poil, toujours concentré sur la femme qu'il tenait tendrement dans ses bras, comme si ce que venait de faire la conseillère ne l'intéressait pas le moins du monde.

 

            Puis, un simple regard vers l'assistante en robe de nuit et le mi-Napien obtint son OK pour bouger sa douce en un lieu plus confortable et plus apte au repos. Sans grand efforts, Rhyde prit Mika dans ses bras avec la plus grande délicatesse et la porta jusqu'à son lit. Il la déposa tout en douceur et s'allongea à ses côtés. Épuisée et en larmes bien malgré elle, Moïra plaça sa tête dans le creux de l’épaule de son frère par alliance. Elle lui caressa la joue instinctivement et l’embrassa tendrement.
BAYOKO : Pourquoi…
            Elle plaça un index contre ses lèvres, le faisant taire instantanément.
NAZDAK : Chuuut. **Merci. Merci d’être de nouveau là, à mes côtés, quand j’en ai besoin.**
BAYOKO : **Normal, je t’…**
NAZDAK : **Je sais. Je peux relire en toi, comme avant. Même... plus que ça.**
BAYOKO : **Moi aussi.**
NAZDAK : **Je sais ce que tu attends, mais si cela doit arriver, ce ne sera pas maintenant. Je ne suis pas…**
BAYOKO : **Je sais tout ça, Moïra. Je t’ai attendu pendant presque 10 ans, alors je peux encore t'attendre. Je saurai être patient. **
            Ils se blottirent dans les bras l’un de l’autre, comme si le temps n’avait plus d’emprise sur eux.
            Pendant ce temps dans la salle de bain, Megg, qui commençait à se sentir de trop, faisait le nécessaire pour dissimuler le plus possible les traces du drame que venait de vivre la CMO. Elle la rejoignit auprès du lit, lui injecta les derniers médicaments selon les doses préalablement recommandées par cette dernière et fit un dernier scan pour s'assurer que tout était beau. La conseillère ne pourrait peut-être empêcher l'événement d'être noté dans les dossiers médicaux (c'était quand même quelque chose d'important!), mais au moins, cela se serait passé plus discrètement qu'en plein milieu de l'infirmerie principale, lieu de travail de la principale concernée.
CATSMAN : Bon, je vais vous laisser. Je crois que vous avez à parler, tous les deux.
            Mika eut un sourire fatigué et murmura un « merci beaucoup » à peine audible, mais tout à fait sincère. Rhyde se leva et accompagna Megg jusqu’à la porte.
BAYOKO : Merci, Megg, pour tout. Merci d’avoir été là pour elle.
CATSMAN : Pas de soucis. Vous auriez fait pareil.
BAYOKO : Oui, c’est évident.
CATSMAN : Prends soin d’elle. Elle va en avoir besoin ces prochains jours, car je la mets en congé forcé pour au moins les trois prochains. Et durant ce temps, n’hésite pas. Au moindre souci, je m’arrangerai pour être là.
            Avec un petit sourire en coin, Megg sortit de la pièce et laissa Rhyde reprendre sa place sur le lit. Ils restèrent comme cela, dans les bras l’un de l’autre, pendant longtemps. Très longtemps.

 

=/\= Fin =/\=

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